Chelsea / PSG : Rosenior sur un siège éjectable ?

Pour la première fois depuis 2012, Newcastle s’est imposé à Stamford Bridge (0-1) samedi grâce à un but précoce d’Anthony Gordon (18e). Eddie Howe, en prévision de leur déplacement à Barcelone mercredi, avait laissé Joelinton, Trippier, Wissa, Elanga et Burn sur le banc. Sandro Tonali, lui n’était même pas sur la feuille de match, préservé pour le Camp Nou. Quasiment une équipe B. 

Liam Rosenior avait, quant à lui, aligné le même onze qu’au Parc mercredi à deux exceptions prêts, mais pas pour les raisons que l’on pense. Jorgensen, coupable sur le troisième but parisien, était blessé, du moins sur le communiqué du club. Pedro Neto, lui était suspendu, supplée par l’Argentin Garnacho. Quasiment l’équipe type donc. 

C’est là que le bât blesse. Le résultat a été plus qu’inquiétant. La manière également. Incapables de revenir au score, malgré 67% de possession de balle, 8 corners pour seulement 1 en faveur des Magpies, 22 tirs, mais seulement 3 cadrés, les Blues sont rentrés au vestiaire tête basse. À chaque perte de balle, les hommes d’Eddie Howe se retrouvaient devant le but de Sanchez en trois ou quatre passes, transperçant l’axe sans la moindre opposition.

Après cette défaite, Chelsea pointe à la 6e place de Premier League, mais reste en course pour une qualification en Champions League la saison prochaine. Mais la dynamique n’invite pas à l’optimisme. 

Des résultats en trompe l’oeil

Liam Rosenior et son gardien Filip Jörgensen

Le bilan de Liam Rosenior peut apparaître plus que convenable, voire bon, quand on le lit uniquement par le prisme du résultat. Depuis sa prise de pouvoir et son départ polémique de Strasbourg, le technicien Anglais compte 10 victoires, 2 nuls et 5 défaites en 17 matchs. Avant le PSG et Newcastle, le Chelsea de Rosenior ne s’était incliné que 3 fois. Oui, mais contre Arsenal, qui, il y a moins d’une décennie était encore le paillasson des Blues. Et ça passe moyennement dans les travées de Stamford Bridge. 

Concernant ces 10 victoires, les seuls gros qu’il peut ajouter à un tableau de chasse, sont Aston Villa en championnat, et Naples en Ligue des Champions. Deux rencontres disputées à l’extérieur. Sinon, des affrontements contre des équipes de moyen ou bas de tableau en Premier League, et des clubs de Championship en F.A Cup. Pas de quoi pavoiser, mais rien d’infamant non plus.  

Des choix tactiques qui interpellent 

Autre sujet qui fâche : le positionnement de Cole Palmer. Habitué à évoluer dans l’axe du terrain sous Maresca, l’international Anglais, meilleur joueur des Blues, est maintenant cantonné à l’aile droite et son rendement s’en ressent. On ignore si c’est la blessure d’Estevao qui pousse Rosenior a positionné son numéro 10 à ce poste, ou la volonté de l’entraîneur de placer Enzo Fernandez derrière l’attaquant sur le long terme.

La seconde possibilité serait nettement plus discutable que la première. Si d’aventure, Rosenior décidait d’établir son Argentin tatoué en position de 10, il sacrifierait le duo monstrueux qu’Enzo constitue avec Moses Caicedo. Il devrait également choisir qui mettre sur le banc entre son meilleur joueur actuel, et celui qui est déjà annoncé comme son futur meilleur joueur.

Cerise sur le gâteau, Reece James devrait s’installer durablement au milieu, lui qui est si performant à son poste de latéral droit. Le capitaine, au club depuis l’âge de six ans et dont la soeur Lauren évolue chez les féminines, a prolongé son contrat jusqu’en 2030. Seule bonne nouvelle de la semaine du côté de Cobham. 

Mamadou Sarr victime de la multi-propriété ?

L’arrivée de l’excellent défenseur central Mamadou Sarr pose également question. Accrochez-vous bien, il faut suivre. Arrivé au RC Strasbourg en août 2024, l’international Sénégalais réalise une excellente saison sous les ordres de Rosenior. Acheté par Chelsea l’été suivant, il y remporte la Coupe du Monde des Clubs, avant d’être prêté jusqu’en juin 2026 à Strasbourg. Les deux clubs étant sous pavillon Blue Co, les petits arrangements se font facilement…Surtout en faveur du « big brother » de Londres. En effet, à son arrivée à Chelsea le 10 janvier dernier, l’ancien coach du Racing a exigé le retour de prêt de son défenseur central. Son voeu sera exaucé le 2 février, dernier jour du mercato hivernal. Pas beaucoup de temps pour rebondir en Alsace. Et pas très classe de la part de Rosenior. 

La conclusion ridicule de ce feuilleton rocambolesque, Mamadou Sarr n’a était titularisé qu’à trois reprises depuis son retour de prêt. Deux rencontres de Cup face à Hull et Wrexham, deux clubs de Championship, et un match retour de Carabao Cup contre Arsenal, alors que les Blues étaient déjà presqu’éliminés, et en pénurie de défenseurs centraux. 

Autant de choix qui commencent à le mettre en difficulté. Ajouté à sa rigidité tactique, son obsession de la relance courte, son manque de légitimité et d’expérience, Liam Rosenior se sait plus que discuté par le board. Son vestiaire semble derrière lui, mais l’altercation entre Enzo Fernandez et Jorgensen après le but de Vitinha mercredi, incarne l’incompréhension de certains joueurs pour les consignes tactiques de leur coach. L’Argentin est un sanguin, personne ne l’ignore, mais comment ne pas lui donner raison dans telle situation ? 

La Cup pour objectif 

Gary Cahill, soulevant la dernière FA Cup de Chelsea en 2018

La saison de Rosenior et ses troupes n’est pas encore terminée, et peut même être excitante. Certes, à moins d’un exploit demain soir, l’aventure européenne est terminée.

Mais il leur reste huit journées de Premier League pour décrocher le top 5 synonyme de passeport pour la prochaine  Ligue des Champions. Ils vont y affronter des concurrents directs, City puis United à domicile début avril et Liverpool à Anfield en mai. Les Blues pourraient même s’accorder un petit plaisir sadique le 17 mai. À l’occasion de la 37e journée, Tottenham pourrait se rendre à Stamford Bridge en y risquant la relégation. Si tel scénario arrivait, Rosenior serait définitivement adopté par les fans. Reléguer l’un des pires ennemis se substituerait à un trophée. 

Trophée qu’ils peuvent encore espérer, étant qualifiés pour les quarts de finales de la Cup. Le tirage au sort a été généreux avec les Blues puisqu’ils se déplaceront à Port Vale, lanterne rouge de League One. Retourner à Wembley ne serait que la première étape de la fusée. Défaits trois années de suite en finale (2020,2021,2022), Chelsea n’a pas remporté la plus vieille compétition du football depuis 2018.

Liam Rosenior prenait alors sa retraite de footballeur professionnel à Brighton en juin. Dès juillet, il y débutait sa carrière d’entraîneur, en tant qu’adjoint de l’équipe U23. En huit ans, il aura gravi très rapidement les échelons, mais peut aussi très rapidement s’écrouler. Le costume, est-il trop grand ? Il reste deux mois et une grosse dizaine de matchs à l’ancien technicien strasbourgeois pour prouver le contraire. Car, dans un club qui change de coach comme de chemise, la porte lui sera grande ouverte en fin de saison.